Les lauréats 2018 pour la photographie

Les lauréats 2018 pour la photographie dans la 14ème édition des rencontres cinématographiques de Cerbère/Portbou

Le premier prix est décerné à YRSA ROCA FANNBERG, photographe de nationalité islandaise avec la série

“ Une promenade, une chanson, deux photographies ”.

Copyright_Yrsa ROCA FANNBERG_Courtesy_Galerie_PHOTOEIL_2018

 

Lorsqu’on vient d’un endroit sans frontière comme l’ile d’Islande, on peut ressentir une sensation spéciale, excitante, en franchissant une frontière, mais on ne peut pas  s’empêcher de penser à ceux qui font la traversée pour survivre, en échappant à quelque-chose. 

Six autres prix sont décernés à ANA CASAL, ADRIEN BASSE-CATHALINAT, KARINE  LE LANNIER, MATHIEU MÉNARD, FRANCK SCHWEITZER, DENIS THOMAS

ANA CASAL – LES MARCHEURS ATTENTIFS

Copyright_Ana CASAL_Courtesy_Galerie_PHOTOEIL_2018

En découvrant les rues du Japon, j’ai parcouru des lieux où des milliers d’itinéraires  individuels qui se croisaient. Je suis partie avec l’idée de capturer la foule. Mais la réalité  a changé mes expectatives pour me  plonger sur ce que j’observais  et ainsi évoluer en me laissant séduire par cette solitude urbaine. Comme des passagers silencieux qui attendent un train dans une gare, comme celle de Portbou, les gens transmettent du respect avec leurs regards égarés  mais en même temps attentifs à leur univers personnel. Le passage ininterrompu entre la modernité et les traditions enracinées est présent partout.

Walter Benjamin disait: “Il est plus difficile d’honorer la mémoire des êtres anonymes que celle des gens célèbres”

 

ADRIEN BASSE-CATHALINAT – TRAVERSÉE SAUVAGE

Copyright_Adrien BASSE-CATHALINAT_Courtesy_Galerie_PHOTOEIL_2018

Partagée entre nature et industries, la commune de Castelnau d’Estrétefonds est depuis une décennie en profonde mutation, tout comme sa population, devenue rurale et urbaine à la fois. Adepte de thématiques liées à l’identité et la culture, j’ai noté que cette situation de changements soudains et intenses rend difficile toute appropriation de ce territoire bivalent par l’oeil nouveau. Lors de cette exploration paysagère subjective, les sensations de vie sauvage restaient omniprésentes, comme en témoignent les nombreuses apparitions et traces animales qui ont jalonné ma traversée, et ce malgré la proximité des infrastructures industrielles et l’activité intense inhérente. J’ai donc décidé, non pas d’adopter une vision humaine due à ma condition de photographe, mais d’observer les modifications paysagères depuis une position animale. Ce changement de référentiel interroge ainsi le spectateur sur la vision que l’homme peut avoir de son territoire, remettant en question la notion même d’identité et d’appartenance. Depuis les zones préservées de nature, les traces humaines laissées dans son environnement apparaissent comme autant de traversées de ce paysage. Je me suis attaché à rechercher les formes géométriques quasiment inexistantes à l’état naturel, ces formes devenant la signature du passage et de l’activité humaine. Pour cette résidence photographique, j’ai choisi le support polaroid en utilisant la technique du transfert d’émulsion, passant d’une étape de déstructuration de l’image à un réassemblage plastique de panoramas. Le rendu final correspond à ce sentiment instable de l’état de transition dans lequel se trouve ce territoire traversé, l’emploi du noir et blanc renforçant la vision animale, sauvage et brute de l’observateur naturel.

Projet issue de la « résidence 1+2 – hors les murs », sous la direction de Philippe Guionie.

 

KARINE  LE LANNIER – PASSAGES

Copyright_Karine LE LANNIER_Courtesy_Galerie_PHOTOEIL_2018

Ma série représente une mise en image du thème du passage, en restant étroitement liée aux moments clés de la vie de Walter Benjamin.

 

 

MATHIEU MÉNARD – APRÈS LA JUNGLE

Calais, ancienne « Jungle », décembre 2017 Le long du "chemin des Dunes", les travaux de "renaturation" du site sont en cours. Le lieu va être réaménagé pour devenir un "site naturel d'exception". Des dunes sont en cours de reconstitution, pour remplacer le souvenir du bidonville
Copyright_Mathieu MÉNARD_Courtesy_Galerie_PHOTOEIL_2018

On l’appelait « La Lande ». Le nom de ce lieu a laissé la place à celui de la « Jungle » de Calais dans l’esprit de nombreuses personnes. Elle fut une « jungle » parmi tant d’autres qui se sont formées avant, puis après elle. Ayant accueilli jusqu’à 10 000 migrants, elle fut la plus grande et la plus médiatisée. Durant de nombreux mois qui ont suivi le démantèlement du camp en octobre 2016, des vestiges d’humanité ont persisté, des traces du passage de ces anciens habitants. Des équipes dédiées ont nettoyé le terrain durant plusieurs semaines, après le départ des conteneurs du centre d’accueil provisoire. Depuis janvier 2017, je me rends régulièrement sur le lieu de cette ancienne « Jungle » pour documenter sa transformation au travers de l’évolution que le paysage subit, mois après mois. « La Lande », surnommée ensuite « Jungle », se modifie progressivement. Depuis début juin 2018, elle est devenue un « site naturel d’exception » qui se nomme « site des Deux Mers ». Le projet d’aménagement a effacé peu à peu les stigmates de la vie des migrants. Le centre aéré Jules Ferry, transformé en centre « d’accueil de jour » et centre d’hébergement pour femmes et enfants, a été désamianté en 2017, puis rasé. Depuis l’été 2018, sur ce nouveau terrain vide, entouré de nouvelles et d’anciennes dunes, les visiteurs peuvent désormais découvrir depuis un observatoire ornithologique les oiseaux qui nichent sur le lieu, succédant aux migrants.

 

FRANCK SCHWEITZER – LA MER AVANCE

Copyright_Franck SCHWEITZER_Courtesy_Galerie_PHOTOEIL_2018

La frontière est mouvante, seule la dune protège le village contre la menace de la mer qui ronge peu à peu le continent. Mais l’exploitation du zircon menace !
Un projet dont les conséquences seront désastreuses. Cette digue naturelle sera exploitée et ce lieu paisible disparaîtra. Entre la Gambie et la Casamance se trouve la presqu’île de Niafrang. Peu à peu la plage perd de sa surface, engloutie par les eaux qui gagnent du terrain. La frontière est mouvante, seule la dune protège le village contre la menace de la mer qui ronge peu à peu le continent. Quand on quitte le village pour la mer, et avant de voir l’océan, s’érige une bande dunaire. « Voyez les rizières, quand tu viens, tu montes et puis tu descends; donc jusqu’à Diouloulou, c’est un bas-fond », explique M.Sané, selon qui « la mer avance, zircon ou pas, l’eau progresse vers les habitations ». Ainsi à l’en croire, il faut penser à mettre des digues pour éviter d’autres catastrophes. La plage perd de plus en plus sa surface, engloutie par les eaux qui gagnent du terrain. « Si on rase cette partie à la recherche de zircon, on fait un boulevard ouvert à l’eau qui va remonter facilement pour gagner le village », raconte-t-il. Le frère du chef du village : « Nous vivons dans la paix et la concorde dans ce village. Tous les sujets qui surviennent sont soumis à discutions au sein de la population ». Aujourd’hui c’est l’exploration du zircon qui menace la dune. Son exploitation n’a pas encore démarré dans les sables mouvants de Niafrang puisque les populations s’y opposent et manifestent de plus en plus pour des études sérieuses sur son impact sur l’écosystème. Selon elles, cette activité présente des risques de disparition de la mangrove, et constitue une menace pour leur existence. D’où leur incompréhension dans une zone pourtant classée.

Ce texte emprunte certains passages au journal Le Soleil (Dakar) du 22 Janvier 2018.

 

DENIS THOMAS – PAS DE PORTE

Copyright_Denis THOMAS_Courtesy_Galerie_PHOTOEIL_2018

On ne regarde bien que ce que l’on connait.

On ne donne donc bien à voir que ce que l’on -croit- connaître. Cette série est extraite d’un travail d’arpentage entrepris au quotidien depuis près de 10 ans.

Je pars du postulat que le dépaysement, l’exotisme, ou encore la liberté n’est pas synonyme de déplacement géographique conséquent (transports routiers, ferroviaires, maritimes ou aériens), mais se trouve sous nos pieds, nos yeux. S’en suit logiquement alors l’idée que le voyage serait avant tout une rencontre, un regard porté sur l’espace environnant, les autres.

Dans son ouvrage « Le Livre des Passages », Walter Benjamin ambitionne d’illustrer les rapports entre monde onirique et réveil. Employant le terme « sortilège de seuil » (der Schwellenzauber), il évoque la magie exercée par les lieux de passages, tel que porches, entrées, vestibules, pas de porte. De même, il constate que, à part l’assoupissement et le réveil, la célébration de rites quotidiens pour l’être humain est devenue rare : « Nous sommes devenus très pauvres en expériences de seuil ». Aussi il devient nécessaire de répertorier différentes situations de seuil, à l’image d’instants de vie. Le réveil n’est pas une césure, mais la création d’une entrée, un passage à franchir par une succession de rites, conduisant du monde des rêves à celui de l’éveil. Vestibule, entrées, pas de porte, ces lignes imaginaires comme physiques ne créent pas des frontières, mais l’espace de l’entredeux.

Tel un intervalle entre les choses, les êtres.

A l’image du monument de Dani Karavan (à Walter Benjamin) à Port-Bou, une rencontre avec l’autre, une rencontre avec soi-même.

 

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